« Mais pourquoi n’êtes-vous pas plus conciliant avec les négociants et les coopératives ? » me demande-t-on souvent lorsque l’on a commis l’erreur de me demander mon avis sur les vins de négoce… Parce que la tiédeur, la conciliation et la moyenne par le commercialement correct me fatiguent. Au début de cette semaine, nous avons survolé les vins du Rhône avec les 19 membres d’un Club de Dégustation dont je casse mensuellement les pieds avec mes opinions tranchées n’engageant que moi. Au programme, quatre vins de tout petits producteurs vaccinés contre la richesse et deux vins de négociants connus et respectés de la Vallée du Rhône : la maison E. Guigal et la maison Chapoutier. Ce que j’aime beaucoup chez Chapoutier, c’est qu’ils éditent leurs étiquettes en braille. C’est très pratique pour les non-voyants et pour ceux dont les fusibles sautent alors qu’ils sont en train de choisir leur vin au fond de la cave. La remontée des escaliers, dans le noir, bouteilles à la main est cependant fortement déconseillée au commun des mortels. Mais là n’est pas le sujet. Ce que j’aime moins chez Guigal, c’est qu’ils obligent les professionnels à acheter une palette de Côtes du Rhône générique pour obtenir quelques précieuses bouteilles de La Landonne, La Mouline ou La Turque. Pas très fair-play… Mais là non plus, n’est pas la question. Les vins de nos deux négociants valaient environ deux fois plus chers que les vins de nos producteurs. Il était donc juste et envisageable d’atteindre deux fois plus de plaisir avec eux. Et que croyez-vous qu’il arriva ? D’un côté précision, finesse, droiture, franchise des arômes et beaucoup de plaisir. De l’autre, approximation, acidité importante, lourdeur, palais sans joie et pas mal de déception malgré des nez séduisants. Quand vingt personnes arrivent individuellement à la même conclusion, il commence à y avoir conjonction d’un faisceau d’indices, non ? Je vous laisse le soin de deviner dans quel camp se situait la bonne surprise et dans camp se situait la mauvaise. Je ne suis pas une balance. Mais je vais vraiment finir par croire que l’espèce humaine est bien la seule à s’améliorer à travers les métissages.
Pourvu qu’on arrive à lui éviter le nivellement pas le bas...
jean-francois monfraix
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