Jeudi 21 avril 2011 4 21 /04 /Avr /2011 11:43

« Mais pourquoi n’êtes-vous pas plus conciliant avec les négociants et les coopératives ? » me demande-t-on souvent lorsque l’on a commis l’erreur de me demander mon avis sur les vins de négoce… Parce que la tiédeur, la conciliation et la moyenne par le commercialement correct me fatiguent. Au début de cette semaine, nous avons survolé les vins du Rhône avec les 19 membres d’un Club de Dégustation dont je casse mensuellement les pieds avec mes opinions tranchées n’engageant que moi. Au programme, quatre vins de tout petits producteurs vaccinés contre la richesse et deux vins de négociants connus et respectés de la Vallée du Rhône : la maison E. Guigal et la maison Chapoutier. Ce que j’aime beaucoup chez Chapoutier, c’est qu’ils éditent leurs étiquettes en braille. C’est très pratique pour les non-voyants et pour ceux dont les fusibles sautent alors qu’ils sont en train de choisir leur vin au fond de la cave. La remontée des escaliers, dans le noir, bouteilles à la main est cependant fortement déconseillée au commun des mortels. Mais là n’est pas le sujet. Ce que j’aime moins chez Guigal, c’est qu’ils obligent les professionnels à acheter une palette de Côtes du Rhône générique pour obtenir quelques précieuses bouteilles de La Landonne, La Mouline ou La Turque. Pas très fair-play… Mais là non plus, n’est pas la question. Les vins de nos deux négociants valaient environ deux fois plus chers que les vins de nos producteurs. Il était donc juste et envisageable d’atteindre deux fois plus de plaisir avec eux. Et que croyez-vous qu’il arriva ? D’un côté précision, finesse, droiture, franchise des arômes et beaucoup de plaisir. De l’autre, approximation, acidité importante, lourdeur, palais sans joie et pas mal de déception malgré des nez séduisants. Quand vingt personnes arrivent individuellement à la même conclusion, il commence à y avoir conjonction d’un faisceau d’indices, non ? Je vous laisse le soin de deviner dans quel camp se situait  la bonne surprise et dans camp se situait la mauvaise. Je ne suis pas une balance. Mais je vais vraiment finir par croire que l’espèce humaine est bien la seule à s’améliorer à travers les métissages.

Pourvu qu’on arrive à lui éviter le nivellement pas le bas...

 

jean-francois monfraix

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Vendredi 25 février 2011 5 25 /02 /Fév /2011 14:49

Ah bon ? Et pourquoi ? C’est quand même vraiment cool de pouvoir acheter moins chers des vins que l’on servira à ses amis en leur laissant supposer qu’on les a payés très chers…

Moi, ça m’énerve.

Ça m’énerve car si j’achète un vin bien moins cher que son prix, cela signifie que j’exploite à mon avantage la défaillance d’un des acteurs de la chaîne. Soyons factuels. Aujourd’hui le salaire minimum horaire en France est de 9,00 € brut. Si vous trouvez normal de toucher au moins 9,00 € de l’heure dans votre travail, vous trouvez forcément normal que tout le monde touche à minima 9,00 € de l’heure. Prenons le cas d’un viticulteur qui produit 40 000 bouteilles de son excellent petit vin languedocien. Il a calculé que pour payer ses agios de découvert à sa banque, pour payer son tracteur, en fait pour honorer l’emprunt du tracteur auprès de sa banque, pour payer le prêt de son chais, c’est-à-dire pour rembourser les intérêts de son chais à son banquier, pour devenir propriétaire de sa terre, donc pour faire face à la demande pressante de son banquier de rembourser son emprunt immobilier, pour envoyer ses gosses à l’école et pour remplir le réservoir de sa vieille voiture, il devait vendre 5,00 € hors taxe ses bouteilles à ses intermédiaires cavistes. Il encaisse donc annuellement 200 000 € par an. Si l’on enlève les coûts de revient des « matières sèches », c’est-à-dire les bouchons, les étiquettes, les bouteilles de verre, le prix des barriques, le prix des produits phytosanitaires, le gasoil du tracteur hypothéqué par la banque, il lui reste environ 1 200 € brut par mois. Comme il travaille environ 60 heures par semaine, il gagne… 4,60 € de l’heure. Ah zut… En voilà déjà un qui ne gagne pas 9,00 € de l’heure. Bon tant pis pour lui, il n’avait qu’à faire autre chose de sa vie. Prenons maintenant le candidat suivant à la richesse : le caviste. Un bon caviste sert environ 6 personnes aux heures de pointe (de 18h00 à 20h00). Il leur vend 2 bouteilles chacun  s’il est de bon conseil. Soit 24 bouteilles, 6 jours par semaine. Hé oui ! Il ne va quand même pas prendre deux jours de repos le week-end, ce fainéant ! Comme le samedi est une grosse journée, on ajoute 24 bouteilles de plus. Soit 170 bouteilles par semaine. Soit 9 000 bouteilles par an. Son expert-comptable (qui lui coûte 2 000,00 € d’honoraire par an au passage) lui a expliqué qu’il devait générer 40% de marge commerciale pour répondre aux critères de sa profession. Donc il vendra 10,00 € TTC (soit 8,36 € HT) sa bouteille achetée 5,00 € HT. Il génère donc une marge commerciale de 30 000 € par an. Sa boutique lui coûte 1 200 € de loyer par moi, le remboursement de son droit au bail 300 € et ses charges diverses et souvent avariées 200 € de plus mensuellement. Soit des charges de 20 400 € par an. Il lui reste donc, à cette grosse fégnasse de caviste, 10 000 € pour vivre… soit 8 000 € net par an. Et comme il ouvre à 10h00 et ferme à 20h00, 6 jours par semaine, il bosse pour un peu plus de 2,50 € de l’heure. C’est pas brillant tout ça…

Mais ce n’est pas le propos ! On n’est pas là pour pleurer sur le sort d’un type qui passe ses journées au grand air dans des paysages magnifiques, et d’un autre qui picole toute la journée les échantillons gratos des producteurs. Non, on parle de vins discountés ! Et justement. Vous venez de constater que les deux principaux maillons de la chaîne entre le pied de vigne et le verre à pied, gagnent entre 3 et 5 € de l’heure quand vous achetez votre bouteille à 10,00 €. Si vous trouvez ladite bouteille 30% moins cher, soit le caviste l’a acheté deux fois moins cher et donc le vigneron a bossé gratuitement en la vendant au prix de revient, juste pour rembourser ses emprunts avant la visite de l’huissier ; soit la Grande Surface ou le Site Internet a obtenu aux enchères et à un prix indécent le stock d’un caviste qui vient de déposer le bilan car il ne pouvait plus faire face à ses dettes. Dans ce cas, cela fait souvent 6 mois qu’il ne se verse plus de salaires.

Dans tous les cas, dans le monde du vin, si vous avez le sentiment d’avoir fait une très bonne affaire, c’est souvent au détriment d’un pauvre type qui vient d’en faire une très mauvaise.

Et moi, ça m’énerve…

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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 21:37

No comments... ;-)
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Lundi 7 février 2011 1 07 /02 /Fév /2011 10:02

Tous les ans se déroule en Languedoc Roussillon un salon des vins dédié aux professionnels et consacré aux vins bio.

 

Deux précisions : un professionnel du vin est un individu qui tente de gagner sa vie tout en perdant son temps à commercialiser des bouteilles qui ont tout à prouver à des clients qui ne veulent rien savoir. L’étape suivante, qui consiste à vendre hors de prix des étiquettes que tout le monde s’arrache (car un éminent critique américain a décidé au fin fond de sa cuisine que cela valait 95/100), cela s’appelle une grande surface. Le clair carrefour conduit toujours au champ géant…

Seconde précision, un vin bio est un vin réalisé à partir de raisins issus de l’agriculture biologique. Les cahiers des charges du label AB – Agriculture Biologique - ne portent pas sur la qualité des produits mais sur le respect de l'environnement. Il s’agit d’un système de production agricole spécifique qui exclut l'usage d’engrais synthétiques, de pesticides de synthèse et d'organismes génétiquement modifiés. Nous sommes donc bien d’accord. C’est le raisin qui est bio, pas le vin.

 

Mais revenons à notre salon bien-nommé Millésime Bio.

Il y a plusieurs années, ce salon balbutiait à Narbonne ses premières prestations dans un environnement pacifique et chevelu, fleurant bon le patchouli du Népal. Dans les coulisses, l’amateurisme se reniflait à 100 mètres à la ronde, tout comme autour des cendriers extérieurs, les arômes particuliers des cigarettes qui font rire. Une bonne partie des exposants était des banquiers parisiens en rupture professionnelle profitant de leurs primes de licenciement pour tenter une reconversion incertaine dans la viticulture sudiste. Un vrai massacre. Une seule règle : pas de crachoir à disposition, pas de dégustation. Les vins proposés étaient tellement étranges, qu’une présence prolongée dans la bouche était susceptible de fendre l’émail de toutes les dents de devant. Quant aux effets d’une ingestion de ces breuvages, personne de vivant n’est en mesure de témoigner… L’autre partie des vignerons étaient d’anciens adhérents de coopératives ayant bien perçu le message d’Edouard Leclerc : « les produits bio sont en moyenne 10 à 30 % plus chers que les aliments conventionnels. […] Les produits bio étant de plus en plus recherchés, l'offre est souvent inférieure à la demande, ce qui conduit à une hausse des prix (source www.e-leclerc.com) ». Tout un programme… Bref, c’était cool mais pas très satisfaisant d’un point de vue des plaisirs œnologiques.

 

Cette année, seules les tables blanches d’un mètre sur deux, identiques pour tous les exposants, nous rappelle que nous sommes bien à Millésime Bio. Autre temps, autres mœurs. Montpellier a remplacé Narbonne. Pour le déjeuner, un traiteur bio haut de gamme a remplacé les dealers de tofus. Et de vrais nectars se dégustent à la majorité les tables en lieu et place des breuvages improbables préalablement proposés. Mes amis bio se frottent les mains. « Tu vois, me disent-ils, les producteurs bio ont fortement progressé qualitativement. Il fallait juste leur laisser le temps d’apprendre les techniques viti-vinicoles ». Euh, non… Aujourd’hui, sur ce salon, on croise le Domaine d’Aupilhac du Languedoc, le Domaine Cosse-Maisonneuve de Cahors, le Domaine Goisot de Bourgogne, Marcel Deiss d’Alsace, Guillemot-Michel de Macon, la Tour des Gendres de Bergerac ou le Domaine Saint-Nicolas de Vendée. Bref, tous leaders qualitatifs incontestables de leurs appellations respectives. Et tous, domaines établis de longue date. En fait, mes amis bio se trompent. Ce ne sont pas les vignerons bio historiques qui ont eu une révélation technique. Non, ce sont d’excellents vignerons de toujours qui affirment aujourd’hui leur philosophie bio. En fait, depuis longtemps, vous buvez du vin bio sans le savoir.

 

Les vins bio, ce n'est pas nouveau. Ce qui est nouveau, ce sont de BONS vins bio...

 

jean-françois monfraix

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Jeudi 3 février 2011 4 03 /02 /Fév /2011 15:02

Ce n’est pas du snobisme…

Enfin, pas uniquement. Même si, à bien y réfléchir, une étiquette de Latour jaunie par les années et à moitié effacée par l’humidité, ça a une sacrée gueule sur la table dominicale. Les invités sont souvent impressionnés, toujours admiratifs. « 1986… Je passais mon bac… ». Mais non, ce n’est pas par snobisme que je bois mes Bordeaux vieux…

Ce n’est pas non plus uniquement une question de goûts…

C’est vrai, le temps donne aux Bordeaux une homogénéité, une complexité et une classe sans équivalent dans leur jeune âge. Une fois le bois des chênes de Tronçay assimilé, une fois la vanille et la torréfaction excessive gommées, une fois le pruneau du merlot et le cassis du cabernet sauvignon domptés, les vieux Bordeaux offre au nez et au palais un équilibre, une puissance, une complexité incomparables. Prenez un vieux Saint-Julien, Léoville Las Cases par exemple. A l’ouverture, il sent le gibier, la civette, le cul du lapin ! A l’aération, il part sur des arômes de cuir, de havane et de moka au café. C’est divin !

Ce n’est pas un problème de diffusion et d’accessibilité…

Non, on trouve d’excellents grands crus dans les foires aux vins et chez tous les bons cavistes. J’ai même croisé dernièrement une caisse de Pape Clément 2005 chez « le meilleur des moins chers – sic ! ». Et Dieu sait que pour trouver un grand Pessac-Léognan 2005, il faut se lever matin. Donc, en cherchant un peu, on en trouve.

Pour boire des grands crus bordelais jeunes, il faut boire des « petits » millésimes. En effet, les grandes années demandent quinze à vingt ans de garde jalouse dans une cave bien sombre et bien humide, avant de révéler leurs trésors olfactifs et gustatifs. Les « petits »millésimes – entendez des millésimes difficiles – se boivent eux entre 5 et 7 ans. Après, il est souvent trop tard… Si l’on se penche sur les petits millésimes que sont 1993 et 1994 par exemple, on pouvait trouver à la fin des années 1990, Latour 93 à 100,67 € (660,00 francs à l’époque), Léoville Las Cases 93 à 44,21 € (290,00 francs) et Pape Clément 94 à 23,78 € (156,00 francs).

Pour comparer ce qui est comparable, donc un millésime à boire rapidement, jugé « petit » par la critique et actuellement disponible sur le marché :

-          Latour 2007 se vend à 548,80 € soit + 545 %

-          Léoville Las Case 2007 se vend à 131,00 € soit + 296 %

-          Pape Clément 2007 se vend à 182,80 € soit +769 %.

Le pouvoir d’achat d’un salarié français moyen a augmenté de 35% au cours de ces dix dernières années…

Je bois mes grands crus bordelais vieux car j’ai la chance d’en avoir encore quelques-uns en cave mais surtout car je n’ai plus les moyens de boire les jeunes…

 

jean-françois monfraix

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